Raconte moi un métier avec Jean-Pascal DAVAINE

1/ Pourriez-vous nous expliquer la raison pour laquelle vous avez choisi d’exercer le métier d’émailleur?
Cette aventure dans l’artisanat, c’est d’abord une histoire d’amour. Nous travaillons en effet en couple. Chacun de nous a grandi dans l’amour du beau et du fait-main : un mère peintre sur porcelaine et couturière, un père peintre et aquarelliste, un frère coutelier, ….  C’est tout naturellement que nous sommes mis à toucher à diverses disciplines : dessin, aquarelle, peinture, pastel , sculpture,… Puis nous avons cherché à former un projet commun. Dans les années septante, chaque collège de Belgique avait son four à émaux et chaque élève pouvait s’y essayer. Aujourd’hui en Belgique,  rares sont les artisans dans ce domaine. Nous avons voulu faire revivre cette matière fabuleuse, la revisiter, la remettre au goût du jour. Pour nous, la création est un besoin.

2/ Pourriez-vous nous parler de l’origine de votre métier et depuis quelle époque il existe ? Et aujourd’hui ?
L’émail fait son apparition dans l’Egypte antique. L’essor de l’émail vient vraiment de Byzance.
L’émail connaît un essor important en Europe au cours des deux derniers siècles av. J.-C. L’émail est alors employé dans l’ornement des bijoux et des fibules. Mais c’est surtout à la fin du 15ème siècle, grâce à une nouvelle technique que l’émail a fait son apparition en France, à Limoges.

Au XVIème siècle l’émaillerie eut sa grande vogue et un certains nombres d’orfèvres, travaillant spécialement et uniquement en ce genre demandèrent à former une corporation.
Actuellement, selon le Syndicat professionnel des émailleurs Français, la France compte entre cent et cent cinquante émailleurs sur métaux

3/ Quelles sont les qualités requises pour ce métier ? Quelles compétences spécifiques se développent avec l’expérience ?
Selon nous, la seule qualité requise pour persévérer dans l’artisanat, quel qu’il soit : la passion. Avec elle, vient tout le reste : l’envie d’apprendre, d’évoluer, de créer sans cesse.

Il existe plusieurs techniques de base qui permettent de créer des pièces plus “classiques” : champlevé, cloisonné, grisaille, émaux peints. Toutefois, l’émail permet une diversité d’utilisation infinie. L’expérience permet d’oser sortir des sentiers battus et de développer l’expérimentation d’autres techniques (par exemple en ajoutant de la poudre d’os ou en utilisant la calamine), d’exploiter l’oxydation du métal,….  outre le fait que l’émail ne s’utilise que sur certains métaux, la seule limite est celle de l’imagination.

4/ Quelle différence faites-vous entre un artiste, un designer et artisan d’art?
L’artisan travaille de manière manuelle, il développe un savoir-faire de tradition. Il est aussi acteur dans toutes les étapes , de la production à la commercialisation de ses créations.
Le designer travaille plus dans une optique de développement d’un produit à plus grande échelle. Il a l’idée du produit mais fait souvent appel à des artisans pour le créer.
L’artiste se concentre sur sa création, laissant généralement aboutir le reste du processus par des tiers.

5/ Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent entreprendre ce métier ?Persévérer, faire un maximum de rencontres parce que chacune d’elle ouvre une porte, se diversifier dans les techniques afin de pouvoir les mélanger et créer de nouvelles choses, oser !

6/ Un souvenir inoubliable que seul votre métier a pu vous offrir ?
Il y a de nombreux moments de plaisirs , de la pièce qui sort du four en offrant des couleurs et des effets inattendus, aux yeux d’une dame qui a un coup de cœur devant une de nos pièces.
Mais les plus beaux moments, ce sont les rencontres, comme celle de notre maître émailleur à Paris, Christophe Mirande, qui nous a fait partager sa passion.
Le moment le plus intense s’est passé en 2015, lors de la journée d’accueil et de formation destinée aux exposants du Salon des Métiers d’Art du Louvre Lens. Après une matinée d’accueil et de présentations, nous nous sommes retrouvés avec une trentaine d’artisans autour de la table d’une petite brasserie en face du Louvre Lens. Serrés les uns contre les autres dans ce petit espace, nous avons fait connaissance. Autour de nous, des artisans confirmés, des gens qui avaient travaillé partout dans le monde, pour des princes, dans des châteaux, un Meilleur Ouvrier de France, nous nous sentions tellement humbles face à ces géants… Et puis ces géants nous ont demandé “et vous ?” . Ils nous ont écoutés, autant intéressés par notre travail que nous étions par le leur. Les jours qui ont suivis ont créés des liens qui perdurent et nous sommes fiers de faire partie de cette famille.

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