Raconte moi un métier avec Max Vandermalière

1/ Pourriez-vous nous raconter ce qui vous a fait devenir Marbrier et Tailleur de pierre ?

C’est une lente alchimie : d’abord l’exemple familial, l’envie enfantine et par jeu de recopier les gestes de métier, d’apprendre un savoir faire, la volonté adolescente ensuite de se montrer digne de la reconnaissance paternelle et de décider d’en faire son métier. L’accomplissement et la prise de distance adultes viennent ensuite : Comprendre le matériau pierre ou marbre, s’en faire des complices, en découvrir le potentiel de création, déceler l’innovation contenue et la libérer : ces éléments m’ont amené, malgré ou grâce à la réussite de mes études et l’obtention d’un diplôme d’ingénieur Icam, à décider de reprendre l’entreprise familiale et d’en faire une véritable entreprise de métier d’art.

2/ Pourriez-vous nous parler de l’origine de votre métier et depuis quelle époque existe le métier de décorateur sur porcelaine ? Et aujourd’hui ? 

C’est précis et vague à la fois puisqu’il s’agit de l’âge de pierre, juste avant l’âge de bronze. Au fil des siècles, la qualité de la pensée a accompagné celle de l’outillage et a permis de passer le l’utilitaire rudimentaire à l’art de construire, puis à l’art d’embellir . Paradoxalement l’amélioration de la qualité de l’outillage permet de revisiter les sources et de revenir à l’utilitaire mais plus élaboré que l’ancestral : par exemple les cuisines s’habillent dorénavant de matériaux naturels et l’évier en pierre massive revient habiter dans les cuisines les plus modernes.

3/ Quelles sont les qualités requises pour ce métier ? Et quelles compétences spécifiques se développent avec l’expérience ?

Avoir du soin, savoir anticiper dans les étapes de fabrication (on peut enlever un morceau de pierre, on ne peut pas en rajouter de manière naturelle), avoir une vision dans l’espace et le volume (aujourd’hui on dit vision 3D) de l’élément que l’on travaille, enfin accepter un rythme de façonnage moins rapide que d’autres matériaux.

4/ Quelle différence faites-vous entre un artiste, un designer et artisan d’art?

D’une manière imagée, ce sont 3 pays dont on ne discerne bien les frontières que lorsqu’on s’en éloigne. S’en approcher fait courir le risque de les franchir sans véritablement s’en rendre compte. Je revendique d’ailleurs le fait d’être un transfontalier. Je dois avouer prendre beaucoup de plaisir à brouiller les pistes et utiliser les ressources de ces 3 statuts ou de ces 3 métiers pour tenter d’assouvir ma passion de créer ; je dois néanmoins reconnaître que je conserve toujours les qualités fondamentales de l’artisan:le goût du travail bien fait, la lucidité des impératifs économiques mais qui ne sont finalement pas antinomiques avec la joie de la création et le recherche de la fluidité dans des matériaux qui n’en ont pas à priori

5/ Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent entreprendre ce métier ?

Avoir de la volonté, car ce n’est pas un métier que l’on peut bien faire par dépit, Quand on a fini un travail sur une pierre ou sur un objet en marbre, la question qui vient toujours est de savoir qui a dominé l’autre, et mieux encore qui a façonné l’autre : la pierre ou l’artisan ? Pour faire jeu égal, il faut la volonté, la patience et la bienveillance : la volonté qui met en œuvre, la bienveillance ou l’humilité de reconnaître qu’on est perfectible, et la patience parce qu’une confrontation perdue est germe d’un succès futur.

6/ Un souvenir inoubliable que seul votre métier a pu vous offrir ?

La philosophie est ce qui conduit au bonheur. Je ne suis pas philosophe, je suis artisan. Mais de temps en temps, se retourner, voir qu’on a progressé, ou bien mieux encore, se rendre compte qu’une rencontre, une réalisation, un travail nous aident à franchir une marche, nous aident à construire notre propre édifice ou celui de notre entreprise, çà, ce sont, sinon des souvenirs inoubliables, au moins des moments forts. Et il y en a eu quand même quelques uns : le jour où j’ai enfin pu réaliser ma première voûte sarrasine, le jour où, reculant vers l’entrée de l’église de Bouvines, je découvre la beauté de l’autel dont je ne m’étais pas véritablement aperçue tant que j’y travaillé le nez dessus (avec le vitrailliste Thomas Masson), le jour aussi où notre travail est exposé au grand public : la Villa Cavrois, le fronton de la Gare Lille Flandres, le parvis des droits de l’homme à Lille, le jour où un peu de mon histoire et de celle de ma famille rentre au Louvre-Lens (D’Or et d’Ivoire), les jours enfin où des réalisations que j’ai tenues entre mes mains sont entre les mains de gens que je rencontrerai peut être jamais en Italie, au Brésil, en Arabie, enfin les rencontres où tout en concevant ou en aidant à la conception d’une pierre, on construit de la relation, de l’échange, du métier, de l’amitié

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