Raconte moi un métier avec Spender Chantal

Q1 – Pourriez-vous nous raconter ce qui vous a fait devenir artiste peintre ?

 

Je me tourne définitivement vers la peinture en 2002. Avec l’accord de mes proches, car cela est irréalisable sans cette condition. Autodidacte, j’apprends les bases de la technique au fur et à mesure de mes rencontres (atelier du peintre Jacek Hazuka à Arras, école d’art de Douai), si bien que mon style évolue. Au départ, peindre, c’est pour moi, pour m’exprimer… Lors d’une soirée à la maison entre amis, l’un des convives me demande si je mets mes tableaux en vente. Je vais officialiser ce qui va devenir mon activité principale, presque contre mon gré, en me déclarant à la Maison des Artistes. À partir de 2006, mon « talent » ne va pas tarder à être reconnu lors de nombreuses expositions collectives et personnelles à Paris, en province et à l’étranger. En 2007 et 2008, je vends des œuvres aux enchères publiques à l’Hôtel des ventes de Neuilly-sur- Seine. J’obtiens alors une cotation (cf. Dictionnaire de Cotation des Artistes). En 2010, le Conseil général du Pas-de- Calais fait l’acquisition d’une de mes œuvres. En 2015, le Salon d’Automne de Paris m’accorde le titre de membre « Sociétaire » du Salon d’Automne « en récompense de la haute qualité de votre production artistique ». La création, j’ai toujours aimé cela. J’en ai fait mon métier comme ingénieur en aménagement urbain puis comme consultante en communication. Un besoin impérieux d’exprimer d’une manière ou d’une autre… Depuis presque 15 ans, c’est devant la toile que je le fais.

 

Q2 – Pourriez-vous parler de l’origine de votre métier et depuis quelle époque existe le métier d’artiste peintre ? Et aujourd’hui ?

Aux origines de la peinture, permettant la réalisation par l’Homme d’œuvres d’art au sens large, on rencontre la préhistoire. Sur des rochers ou des parois de grottes, les Hommes peignent déjà ce qui les taraude à un moment du temps : des animaux au paléolithique supérieur puis, à partir du néolithique, des humains dans des scènes de chasse, de guerre ou de pastoralisme… L’art rupestre ou pariétal occupe une place majeure dans l’art préhistorique. Sa pratique est restée continue jusqu’à aujourd’hui. Elle n’est pas l’œuvre d’une ethnie ou d’une culture particulière, elle est relativement universelle. Selon l’archéologue Emmanuel Anati, il existerait 45 millions de peintures rupestres sur des rochers et dans des grottes, sur 170 000 sites de 160 pays. Les « peintres rupestres » utilisent des minéraux broyés pour fabriquer des poudres de couleur, qu’ils soufflent au moyen d’un roseau ou os creux pour créer effets et motifs. Aujourd’hui, le métier d’artiste peintre, c’est compliqué : « critères d’acceptabilité, fabrication et circulation des œuvres, statut des artistes, rôle des intermédiaires et des institutions… » La consigne est de « considérer l’art contemporain comme un genre de l’art, différent de l’art moderne comme de l’art classique… » Dans son nouveau livre « Le paradigme de l’art contemporain », la sociologue Nathalie Heinich « pousse le raisonnement à son terme : plus qu’un genre artistique, l’art contemporain fonctionne comme un nouveau paradigme, autrement dit une structuration générale des conceptions admises à un moment du temps, un modèle inconscient qui formate le sens de la normalité. »

 

Q3 – Quelles sont les qualités requises pour ce métier ? Et quelles compétences spécifiques se développent avec l’expérience ?

Le laboratoire intime des artistes reste chose mystérieuse. Ils comparent, ressentent, se trouvent en communauté d’esprit avec les œuvres des autres artistes. Se repliant sur eux-mêmes, ils travaillent ce qui les tourmente ou les enchante. L’expérience apporte la maîtrise des gestes et techniques, l’audace de se batailler avec la toile blanche, les couleurs et les médiums pour créer des œuvres à chaque fois nouvelles et inédites.

 

Q4. Quelle différence faites-vous entre un artiste, un designer et un artisan d’art ?

Comme je ne suis pas philologue, je n’en fais guère. La frontière conceptuelle qui les sépare me semble perméable. Les trois produisent des œuvres singulières et originales. Ils doivent être tous trois courageux, créatifs, intelligents…

 

Q5. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent entreprendre ce métier ?

Peindre est un jeu. Alors… Apprenez les règles ! Entretenez des réseaux ! Soyez fous, passionnés ! Osez ! Tombez, relevez-vous ! Recommencez ! Pensez différemment !

 

Q6. Un souvenir inoubliable que seul votre métier a pu vous offrir ?

Le regard de l’acheteur de mon premier tableau vendu .